Haruki Murakami – Kafka sur le Rivage

Kafka Tamura est un adolescent solitaire et taciturne qui décide de fuguer. Il s’y est soigneusement préparé, avec une discipline physique et mentale très stricte. Il quitte l’appartement de Tokyo où il vivait avec son père, traverse le pays, et, au fil de ses rencontres, trouve refuge dans une bibliothèque, puis dans une cabane perdue au milieu de la montagne, où il questionne ses origines, ses rêves, son identité.

Nakata est un vieil homme dont l’existence a été bouleversée lors d’un étrange accident alors qu’il
était enfant, pendant la seconde guerre mondiale. Il a désappris à lire et son ombre est devenue
presque transparente. En revanche, il peut parler aux chats ! Poussé par une force indicible, il suit les
pas de Kafka sans le savoir.

En entrecroisant ces deux récits, Murakami nous transporte à la frontière des mondes, entre rêve et réalité, passé et futur, vie et mort. « Tout n’est que métaphore » nous répète l’écrivain, dans ce roman aux multiples interprétations. Sans être sûre d’avoir tout compris, je me suis laissée emporter avec plaisir par cette narration à la fois bizarre et poétique, qui reste pourtant étonnamment simple et naturelle.

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Alain Damasio – La Zone du Dehors

Cerclon est une colonie modèle humaine, installée sur un satellite de Saturne suite à la quatrième guerre mondiale qui a ravagé la Terre. Les 7 millions d’habitants y sont répertoriés et contrôlés par un système de classement sociale très aboutit : tous les deux ans un système de concours permet de monter ou descendre l’échelle sociale, sachant que même le dernier classé vit plutôt confortablement. Paix sociale, sécurité, liberté ? Ce modèle démocratique si parfait impose cependant une traçabilité et une surveillance de tous les instants sur l’ensemble de la population dénoncée par La Volte, seule organisation s’opposant au pouvoir en place. Capt, professeur d’université spécialisé dans le contrôle des sociétés démocratique et fasciné par « le dehors » va tenter avec d’autres « Voltés » de réveiller les consciences…

Si la forme est bien celle d’un roman de science-fiction, le fond n’en est pas moins une critique virulente du contrôle exercé par les sociétés démocratiques sur l’individu et un pamphlet anarchiste des plus convaincant et jubilatoire… Premier roman d’Alain Damasio avant « La Horde du Contrevent » on retrouve déjà le style particulier de l’auteur notamment les changements de narrateurs ayant chacun un style d’écriture collant parfaitement avec leurs personnalités. Le genre de livre dont il est difficile de s’arracher, passionnant du début à la fin, intense et intelligent. Une vraie réussite à lire absolument ! (Attention cependant aux effets secondaires !!)

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Boris Vian – L’arrache-coeur

Ça ne fait peut-être pas 15 ans…mais, moi aussi, j’ai lu ce livre y’a bien longtemps. Et puis, je l’ai relu récemment et il m’a plu tout autant. Comme dans « L’écume des jours », ce livre est joliment truffé de scènes surréalistes ou absurdes et de néologismes mêlant agréablement l’humour et la poésie; mais le sujet rend le livre cinglant.

Jacquemort, psychanalyste débarquant de nulle part, arrive à point pour aider Clémentine à mettre au monde des triplés (« les trumeaux »). Angel, le père est cloîtré dans sa chambre depuis deux mois.

« Seul dans sa chambre, Angel s’étonnait de ne pas souffrir. Il entendait sa femme gémir à côté, mais ne pouvait aller lui tenir les mains parce qu’elle le menaçait de son revolver. »

Tandis que la mère s’inquiète des mesures à prendre pour garantir une totale sécurité à ces enfants, Jacquemort, à la recherche de sujets à psychanalyser, va découvrir un village aux moeurs bien particulières: foire aux vieux, tortures d’étalons, exploitations d’enfants etc. et tout ça sans aucune honte des villageois au grand désespoir du curé et du psychanalyste!

Je n’en raconte pas plus, histoire de ne rien dévoiler. Il y a, bien sur, derrière cette histoire loufoque et poétique une forte critique des pratiques du monde « normal » dans lequel nous vivons.

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Joël Houssin – Locomotive Rictus

Exercice difficile : parler d’un livre lu il y a plus de 15 ans ! Pas n’importe quel livre puisqu’il m’avait inspiré à l’époque le nom de mon premier groupe… Paru en 1975 en plein milieu d’une « nouvelle vague » de la science-fiction française, ce livre m’avait fait à l’époque (quand je l’ai lu il y a 15 ans.. pas en 1975 ^^) une forte impression : violent, noir, désespéré, une ode aux cauchemars et au nihilisme… Les personnages « contaminés » par le poison, « laminés » par l’existence voient approcher la fin des temps dans l’allégresse d’une hallucination collective, définitive…

Je me suis demandé ce qu’était devenu Joël Houssin, dont c’était le premier roman… 2 grand prix de l’imaginaire, un en 1986 pour Les vautours et un en 1992 pour le temps du twist, ca c’est pour le bon coté… Scénariste de cinéma et de télévision on lui doit une belle série de navets (des épisodes de Navaro, du commissaire Moulin, de Rocca…) et surtout le « scénario » de Dobermann, un des films que je classe au sommet de mon panthéon personnel des films les plus mauvais…

Jolie dualité et ambiguïté donc, je vais sans doute jeter un œil sur ses romans de SF plus récents, histoire de voir si la révolte des débuts s’est transformée en outils lucratif ou si il reste quand même quelque chose…

Je vous conseille quand même ce « Locomotive Rictus » qui aujourd’hui me semble être une sorte d’ancêtre de « La zone du dehors » d’Alain Damasio, dont je parlerais prochainement ! (transition ! )

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Gabriel Garcia Marquez – Cent ans de solitude

Un grand classique que beaucoup de monde connaît sûrement déjà, mais qui m’avait tellement accroché que je ne peux m’empêcher de le poster.

Le roman commence au 19e siècle au fin fond de la Colombie lorsque plusieurs familles fondent le village de Macondo. L’une d’elle, les Buendia, brave un interdit à l’occasion d’un mariage consanguin entre cousins. Cet acte leur vaudra d’être maudits pendant un siècle et sept générations. Marquez nous raconte l’histoire de ce village et de cette famille pendant un siècle en mêlant faits historiques (guerres civiles, arrivée du chemin de fer, exploitation par les blancs) et événements fantastiques (comme des prophéties, des apparitions de mort-vivants et j’en passe).

Le résultat de tout ce bazar est un roman fleuve qu’on a du mal à lâcher, tant par l’humour que par le dramatique des situations qui s’enchaînent à une vitesse folle.

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Terry Pratchett – Mortimer

Les Annales du Disque-monde ont quelque chose d’intimidant, la perspective d’avoir à s’enfiler une trentaine de bouquins est en effet plutôt décourageante. Il serait néanmoins dommage de passer à côté des quelques perles, dont Mortimer fait partie.

Il s’agit donc du quatrième tome des annales et en particulier du premier tome du cycle de la Mort. Cette dernière est un personnage à part entière dans le Disque-monde, avec sa grande faux, sa cape noire et tout le folklore qui va avec. Dans ce roman, elle décide de prendre un apprenti pour décharger un tantinet son emploi du temps et « profiter de la vie », si j’ose dire.

Ce bouquin est tout simplement hilarant. Pratchett tourne en dérision tous les poncifs de la fantasy, mais son humour va bien au-delà, rien n’est totalement gratuit, il y a toujours une critique de la société actuelle cachée derrière toutes ces absurdités. Pour donner une idée, je trouve qu’on se situe à mi-chemin entre les Monty Pythons et Pierre Desproges (rien que ça).

Je recommande vivement ce tome du Disque-monde. D’autant plus qu’on peut facilement commencer par celui-ci, étant le premier tome d’un cycle.

PS: Je ferai sûrement d’autres posts sur le Disque-monde, en attendant je mets un plan de lecture pour ceux que ça intéresse.

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Yoshitoshi ABe – Haibane Renmei – 2002

Haibane RenmeiJe sens déjà les réfractaires à la japanimation qui commencent à grincer des dents… Ils ne seront pas surpris pour autant ! Je vais essayer de m’en tenir aux animes qui sortent réellement du lot cependant, et ne pas envahir le blog avec ces bon vieux nanards qui hantent mon cerveau malade d’Otaku invétéré… Je parlerais donc uniquement des séries ou films ne tombant pas dans les clichés du genre et pouvant être appréciés par des non fans de culture Japonaise.

Haibane Renmei

Sortie en 2002, servie par une bande son sublime, cette série de Yoshitoshi Abe, à qui on doit Serial Experiment Lain et Texhnolyze, nous offre une plongée dans un univers étrange : dès les premières minutes on ne cesse de s’interroger sur le monde qui apparaît sous nos yeux. Le mélange des repères contribue à créer une ambiance envoûtante et on se laisse rapidement gagner par le rythme paisible des évènements.

Une fille tombe du ciel, et se retrouve à l’intérieur d’un cocon. A son réveil elle est amnésique et se trouve dans un endroit inconnu, et elle se retrouve dotée d’une pair d’ailes grises et d’une auréole… Le village où elle vient d’arriver est encerclé par un mur gigantesque que nul ne peut franchir hormis les corbeaux. Villageois et Haibane (« ailes grises ») sont soumis à des règles étranges et mystiques… Nous suivons donc Rakka et son adaptation à la vie dans ce lieu étrange et hors du temps. Que sont les « Ailes grises », qu’y a t’il derrière le mur… Autant de questions qui trouveront, peut-être, une réponse en regardant les 13 épisodes de cette magnifique série.

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Demain j’aurai vingt ans – Alain Mabanckou – 2010

Le narrateur, Michel, 10 ans, vit à Pointe Noire, capitale économique du Congo Brazzaville, dans les années 70. Il nous raconte sa vie quotidienne avec Maman Pauline et Papa Roger. Les rêves qu’il partage avec son meilleur ami Lounès. Ses premiers émois amoureux avec Caroline, puis Geneviève.Sa découverte de Brassens et celle de Rimbaud, dont les textes compliqués le fascinent autant qu’ils le laissent perplexe. Mais aussi son pays, en proie à une dictature qui n’a de communiste que le nom.Le monde, que la radio étrangère lui laisse deviner à travers les histoires de Bokassa et Giscard, du Shah d’Iran et de l’ayatollah Khomeyni…

Il donne parfois la parole à des personnages touchants, le temps qu’ils racontent leur histoire : Maman Martine qui a fui son village natal ou Petit-Piment le philosophe fou du quartier. Mais la véritable réussite de ce roman, c’est la voix du narrateur : tendre et drôle, innocente sans être naïve,elle réveille l’enfant qui sommeille en chacun de nous. Michel est curieux, il essaie de comprendre le monde des adultes sans toujours y parvenir, son imagination prend alors le relais avec bonheur.Un livre hautement recommandable donc, mais attention, son héros si attachant risque de vous manquer une fois le roman fini !

Extrait : « Le chanteur à moustache dit :

J’ai plaqué mon chêne

Comme un saligaud

Mon copain le chêne

Mon Alter-ego

C’est quoi donc un saligaud ? Je ne sais pas. Lounès ne sait pas. On laisse tomber, on ne cherche plus. Et puis c’est quoi alter ego ? On ne veut pas laisser tomber, peut-être qu’alter ego c’est ce qu’il y a de plus important dans cette chanson.

-Alter ego c’est pas du français, dit Lounès.

-C’est dans quelle langue alors si c’est pas du français ?

-A mon avis, ça vient du patois d’une tribu d’Europe.

-Une tribu ?

-Oui, une très petite tribu d’Europe qui parle encore le vrai français parce que c’est là-bas que le français est né.

Il dit ça, mais je sens qu’il n’est pas sûr. »

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Romain Gary – La promesse de l’aube

La promesse de l'AubeBen oui… Un classique, parce que pourquoi pas d’abord… Le hype, le tendance, le pas connu, le dernier cri c’est bien mais un auteur majeur tant par le nombre et la qualité de ses écrits que par l’originalité de l’oeuvre, c’est bien aussi.

Ok, son nom n’est pas nippon, ok il ne magnifie ni l’absurde ni le cynisme et pourtant sa prose poétique est de celle qui secoue, remue, chavire et dont on ne ressort pas indemne… Voire un peu plus humain.

Vous l’aurez compris, je suis un inconditionnel du bonhomme. Entre fulgurante intelligence et humanité exacerbée. L’artiste a parcouru le siècle dernier avec une lucidité amère souvent synonyme d’inaptitude au bonheur durable. Il était pour autant généreux et empreint d’amour véritable.

Pourquoi choisir « la promesse de l’aube » et pas un autre de ses romans. Pour rien, tous ces romans ont quelques choses d’unique. Je ne fais qu’en partager un premier, celui-là étant un peu autobiographique et très touchant, il vous amènera peut-être à rencontrer l’homme avant que vous n’ayez envie de découvrir l’oeuvre.

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Charles Bukowski – Post Office

Post OfficeJ’adore Bukowski. J’en ai lu jusqu’à saturation. Je n’en pouvais plus. Et un jour on m’a offert Post Office (Le Postier en VF). J’étais bizarrement passé à côté de son premier roman dans ma fièvre monomaniaque  qui m’avait conduit à tenter de lire l’intégrale de Buk sans temps mort.

Ce roman est beaucoup plus léger que la plupart de ses autres productions. Bien sûr, on y parle toujours autant d’alcool, de femmes, de crasse et de débauche, mais le ton est notoirement plus léger et ironique. Buk fait preuve d’un second degré assez salvateur par rapport à certains de ses bouquins qui peuvent être parfois plombants. Il nous raconte ses douze années de galère comme employé d’une machine à broyer les humains: les services postaux américains.

C’est drôle, émouvant et vraiment bien foutu, je le recommande même aux réfractaires à Bukowski. A noter que c’est très facile à lire en VO, mais qu’il existe aussi une traduction française chez Grasset pour les anglophobes.

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